Ma philosophie

Mon atelier propose tous types de services autour du clavecin moderne allant du « simple » accord ou du « simple » changement de corde à la restauration complète, en passant par l’entretien, le réglage et la révision.

Depuis plus de vingt ans, j’interviens sur les instruments (clavecins, épinettes et clavicordes) des facteurs Ammer, Gaveau, Lindholm, Morley, Neupert, Pleyel, Ranftl, Sassmann, Schüler, Sidey, Sperrhake et Wittmayer.
Ainsi, au fil des années, j’ai pu acquérir une bonne connaissance de ce type d’instruments, de telle sorte que je suis à même d’en tirer le meilleur parti, malgré, parfois, certaines imperfections – liées à la nature même de la facture – qui demeurent insolubles : manque de profondeur des basses, nasalité de certaines notes…

Mon travail ne consiste bien évidemment pas à transformer un instrument de type moderne en « copie d’ancien » ; ce serait peine perdue. J’essaye, au contraire, de mettre en valeur ses qualités sonores tout en lui conférant un toucher souple et précis, qui permette de le rendre le plus expressif possible et plaisant à jouer.
Il faut ici préciser que l’instrument moderne ne souffre pas une harmonisation dure, et ce, quel que soit le matériau utilisé pour les becs.
Combien d’instruments ai-je rencontrés qui comportaient ce défaut d’harmonisation, entre autres choses, faisant le désespoir de leur propriétaire, car injouables du fait de leur dureté de toucher et de leur médiocrité consécutive de sonorité.

L’instrument moderne requiert, au contraire, une harmonisation particulièrement raffinée présentant peu d’attaque, et un grand soin dans les réglages comme l’étagement des jeux. Il devient ainsi très agréable à jouer et à entendre, et peut être un merveilleux instrument pour le concert et le travail de l’étudiant.

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Lors de la remise en état d’un instrument moderne se pose invariablement la question cruciale du choix du matériau pour les becs.

Dès l’origine, le matériau utilisé par l’ensemble des facteurs modernes est le cuir de vache particulièrement adapté aux forts cordages, qui produit un timbre rond et moelleux, dont on ne perçoit presque pas l’attaque. C’est du reste la raison pour laquelle la sonorité du clavecin moderne est si souvent comparée à celle de l’orgue.
En outre, à l’instar de la peau de buffle, le cuir est sensible à la pression du doigt et permet d’obtenir une palette de nuances.

Cependant, certains facteurs modernes, comme Dolmetsch ou Pleyel, emploient occasionnellement la plume pour le jeu de 8′ du clavier supérieur, augmentant ainsi le contraste entre les deux jeux de 8′ ; plume et fort cordage ne sont donc pas antinomiques !

Au cuir et à la plume viennent s’ajouter le nylon et le delrin® à partir respectivement des années 1950 et 1960.
Pour plus de détail sur le sujet, consulter « Matériaux pour les becs ».

Malgré cette « diversité » de matériau, il faut bien garder à l’esprit que le cuir demeure le plus adapté pour ce qui est de la sonorité.
Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’il requiert des réglages quasi-quotidien, car très sujet aux variations hygrométriques, et que sa durée de vie environne les cinq ans, dans le cas d’une utilisation intensive.

Au même titre que la plume, le delrin® produit un timbre plus clair et une attaque plus précise que le cuir. Il confère une certaine dynamique à l’instrument sans pour autant le rendre métallique. Choisi avec grand soin et harmonisé minutieusement, le delrin® procure un toucher direct et très agréable, et surtout ne dénature en rien l’instrument. Le résultat sonore obtenu est très concluant.

Par contre, dans certains cas, le choix du delrin® peut s’avérer catastrophique et nuire à la qualité sonore de l’instrument : harmoniques aigus prépondérants, nasalité de certaines notes amplifiée et timbre sans corps. Je pense ici notamment aux clavecins Pleyel (petits et grands modèles) et au jeu de 16′ en général, qui perd alors sont côté sous-basse d’orgue dans les graves et flûte d’orgue dans les aigus.
Lorsque je perçois chez un client une réticence pour l’emploi du cuir, je lui recommande le nylon qui convient parfaitement au jeu de 16′, car se rapprochant au mieux du cuir.

Alors, que conseiller au client ?
On doit avant tout se laisser guider par l’instrument et ne pas trahir son caractère, tout en essayant de répondre au mieux aux exigences du propriétaire ; des compromis étant alors nécessaires.
Je distinguerais trois cas de figure :
          – restauration « historique » avec remise en l’état d’origine : le choix du ou des matériau(x) s’impose de lui-même ;
          – restauration « pratique » tenant compte de la stabilité, de la fiabilité et de la longévité : le choix s’oriente vers le delrin® ;
          – restauration « mixte » alliant « confort » et « authenticité » : le choix se porte sur le delrin® et le cuir ou le delrin® et le nylon.

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L’arrivée d’un nouvel instrument à l’atelier est un évènement.
Nous ne nous connaissons pas et devons apprendre à cohabiter pendant plusieurs mois.

La plupart du temps, je laisse l’instrument s’habituer au lieu, je l’ouvre simplement afin qu’il « prenne la température ». Je l’observe, tourne autour, enfonce une touche par-ci, par-là au gré de mon humeur, lui parle parfois, mais le laisse tranquille.

Un matin – je ne sais pour quelle raison –, je décide d’entreprendre le travail et commence à le vider de sa mécanique… notre complicité est en train de naître…
Tout cela, pour dire, qu’un instrument n’est pas un simple objet. Il possède une âme et ne demande qu’à être respecté, aimé et joué.
Comme un être humain, il a besoin de temps pour s’exprimer à nouveau après un long silence. Du reste, le plus souvent, les premières notes remises en état de jeu ne sonnent pas très bien. Il faut attendre un certain temps pour que l’ensemble se remette en vibration et réapprenne à résonner.

Le lecteur l’aura compris, une forme de lien affectif se crée durant le temps de la restauration. C’est la raison pour laquelle, je ne peux me résoudre à laisser dans la nature un instrument qui est passé entre mes mains. Je me dois de le suivre dans sa nouvelle vie.
Pour se faire, j’instaure un suivi et remet au propriétaire un document sur lequel il porte ses observations et interrogations, facilitant mes interventions lors de la ou des visite(s) de service après-vente et des suivantes.
Cette démarche a également pour dessein de rassurer le client et de l’aider dans la prise en main de son « nouvel » instrument.

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Pour conclure, je dirai que nos instruments modernes méritent bien une seconde vie et un regain d’intérêt, et ce, quoi qu’en pensent leurs nombreux détracteurs. Ils doivent impérativement être sauvegardés, puisque faisant partie de notre patrimoine culturel et étant à présent historiques.

Certes très différents, de par leur conception et leur esthétique sonore, des instruments de facture ancienne, les clavecins, épinettes et clavicordes modernes sont des instruments à part entière, qui ont tout à fait leur place au sein du monde musical d’aujourd’hui.

Ne sont-ils pas attachants avec leurs sonorités si particulières au charme un brin suranné ?


Jean-Pierre RUBIN

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