Glossaire du clavecin moderne

La table d’harmonie

En facture ancienne, la table d’harmonie peut être définie comme une « membrane » de bois plane composée de plusieurs planchettes de résineux collées ensemble dans le même sens du bois, servant à amplifier les vibrations produites par les cordes.

Cette définition s’applique naturellement à la facture moderne, seulement on ne peut guère parler de « membrane ». En effet, par soucis de robustesse, la plupart des facteurs modernes imaginent des tables épaisses aptes à supporter d’imposants chevalets et des pressions de cordes importantes ; l’épaisseur pouvant atteindre 9 mm par endroit dans certains instruments.
Les tables ainsi conçues sont plus rigides et vibrent par conséquent moins, perdant ainsi leur propriété de « membrane ».

Certains facteurs comme Sassmann ou Sidey ont toutefois le soucis de conserver des tables fines.

La table d’harmonie est collée sur les contre-éclisses et le contre-sommier.

I – Face interne (côté fond)

Sur sa face intérieure, la table d’harmonie est soutenue par un barrage composé de :

Petite barre :
Réglette de bois profilée collée sous la table d’harmonie. Dans les instruments modernes, elles sont fréquemment plus nombreuses et un peu plus épaisses, accentuant la rigidité de la table.

Grande barre :
Pièce de bois profilée collée sous la table d’harmonie.

Boudin ou contre-chevalet :
Barre en bois courbe collée sous la table d’harmonie dans laquelle sont fixées les pointes d’accroche du 4′.
Lorsque la table présente une barre d’accroche pour le 4′, cette dernière est vissée sur le boudin.

II – Face externe (côté cordes)

Sur la face extérieure de la table d’harmonie sont collés les barres d’accroche, chevalets et couvres-joint.

Barre d’accroche du 4′ :
Barre de bois fine et courbe collée sur la table d’harmonie ou vissée au boudin, dans laquelle sont fixées les pointes d’accroche servant à maintenir les cordes du 4′.

Neupert et Wittmayer utilisent une barre courbe en métal, faisant office de boudin, placée sous la table d’harmonie alors percée, afin de laisser passer les pointes d’accroche.
Dans les instruments de Goff, Paul, Pleyel, Sidey pourvus d’un cadre en métal, la barre fait partie intégrante de ce dernier. Challis emploie une barre en aluminium qu’il visse sur la table, elle-même en aluminium.

Barre d’accroche ou cordier des 8′ et 16′ :
Barre de bois le plus souvent profilée épousant la forme de l’éclisse courbe et de la queue collée sur la table et les éclisses, dans laquelle sont fixées les pointes d’accroche servant à maintenir les cordes des 8′ et du 16′. Elle est parfois vissée aux éclisses.
Dans les instruments de Goff, Paul, Pleyel, Sidey pourvus d’un cadre en métal, le cordier fait partie intégrante de ce dernier (voir photographie ci-contre).

Chevalet :
Baguette ou barre de bois dur courbée et profilée collée ou vissée sur la table d’harmonie, sur laquelle reposent les cordes.
Il transmet les vibrations des cordes à la table d’harmonie qui les amplifie.

Couvre-joint :
Moulure collée sur la table d’harmonie le long de l’échine et de la joue.
Il consiste parfois en un cordon de tissu collé sur la table, comme celui visible sur la photographie ci-contre, situé sur le cordier des 16′ et 8′.

Rosace :
Élément ajouré placé dans l’orifice de la table d’harmonie prévu à cet effet. Il est uniquement décoratif et porte le plus souvent les initiales ou le nom du facteur.
Il est métal, bois ou plastique.

On la trouve dans les instruments de Ammer, Barlow, Challis, Goff, Herz, Lindholm, Neupert (dans certains modèles), Pleyel (selon les époques), Rutkowski & Robinette, Sperrhake et Wittmayer (selon les modèles).

Le sillet

Bien que ne faisant pas partie de la table d’harmonie, il semble logique que le sillet soit traité dans ce chapitre du fait de son lien de parenté avec le chevalet.

Sillet :
Baguette de bois dur profilée collée sur le sommier, sur laquelle reposent les cordes.
Le plus souvent les deux rangs de cordes de 8′ possèdent le même sillet.
On trouve néanmoins des exceptions :
Neupert (à une époque) et Sperrhake (dans certains instruments) utilisent un deuxième sillet pour le rang de cordes du 8′ supérieur, qu’ils placent près de la fosse.
Le timbre de ce dernier se rapproche de celui du jeu nasal, et est de fait très différencié du timbre du 8′ inférieur.
Pour plus de détails, consulter « Les jeux », chapitre « Jeu nasal ».

La table d’harmonie et le jeu de 16′

Dans les clavecins munis d’un jeu de 16′, on distingue trois techniques de construction pour la table d’harmonie et le chevalet :

1 – Le chevalet des cordes de 16′ est commun avec celui des cordes des 8′.

Dans ce cas, le chevalet des 8′ est rehaussé pour accueillir les cordes du 16′. La table et le chevalet des deux 8′ doivent alors supporter la tension supplémentaire des cordes de 16′ ; la qualité sonore des 8′ en est altérée.
Voir photographie ci-contre.

La plupart des facteurs modernes procèdent de la sorte.

2 – Les cordes de 16′ possèdent leur propre chevalet.

Le chevalet du 16′ est alors collé sur la table d’harmonie entre le chevalet des 8′ et le cordier. La table doit aussi supporter la tension des cordes de 16′, mais le chevalet des 8′ est plus libre et la qualité sonore de ces derniers est plus satisfaisante.
Voir photographie ci-contre.

Challis, Pleyel, Paul, Rutkowski & Robinette et Sperrhake (dans les instruments tardifs) utilisent cette technique.

3 – Les cordes de 16′ possèdent leur propre table et leur propre chevalet.
Le chevalet du 16′ est collé sur une table séparée longeant la table principale et positionnée un peu plus haut que cette dernière (technique du facteur A. H. Hass).

Barlow, Herz, Morley procèdent ainsi.

Sidey utilise parfois cette technique mais positionne la table du 16′ au-dessous de la table principale, nécessitant un perçage de cette dernière afin que les supports en bois du chevalet du 16’ puissent la traverser ; supports collés sur la table du 16’.
Voir photographies ci-contre et ci-dessous.

Cette troisième solution est très satisfaisante car la table principale ne supporte pas la tension des cordes du 16′, et se trouve ainsi plus libre.
Les 8′ développent alors plus de basses et leur timbre est beaucoup plus riche.


Photographies : © Jean-Pierre Rubin

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