Glossaire du clavecin moderne

Les jeux

Un jeu se définit comme étant le son que peut produire l’instrument.

L’ensemble des cordes d’un même jeu se nomme rang de cordes.

La dénomination d’un jeu est fonction :
         – de la longueur de ses rangs de cordes ;
         – du point où ses cordes sont pincées.

I – Longueur des rangs cordes

Principe :
Pour qu’un orgue sonne au diapason du la4 à la fréquence de 440 Hz, son premier tuyau ouvert, en l’occurrence le ut1, doit mesurer huit pieds(1) de haut.
La rangée de tuyaux correspondante est alors appelée « jeu de huit pieds ».

Cette appellation a été étendue aux instruments à clavier et à cordes (clavicordes, clavecins, épinettes…).
Ainsi, un rang de cordes dont le la4 émet une fréquence de 440 Hz se nomme jeu de huit pieds ou 8′.
Il correspond à la hauteur du « LA » du diapason.

Le jeu de quatre pieds ou 4′ ou petite octave sonne une octave au-dessus du jeu de 8′. Son rang de cordes est deux fois moins long que celui du 8′(2).

Le jeu de seize pieds ou 16′ ou jeu grave sonne une octave au-dessous du jeu de 8′. Son rang de cordes est, en théorie, deux fois plus long que celui du 8′(2).

Par extension, un jeu désigne une rangée de sautereaux.

II – Point d’attaque

Le point d’attaque est le point où la corde est pincée par le bec.
Il se mesure à partir de son point d’attache : le sillet.

Principe :
Le timbre d’une corde est lié à son point d’attaque :
Plus ce dernier se trouve près du sillet, plus le timbre est clair et argenté – parfois, légèrement nasal.
A contrario, plus il se trouve éloigné du sillet, plus le timbre est rond et moelleux.

Le schéma ci-dessous (instrument à quatre rangs de cordes) illustre la position des deux points d’attaque des cordes de 8′.
Étant assez éloigné l’un de l’autre, chaque rang possède un timbre très différencié.

Position des cordes :
         – celles des deux 8′ sont au même niveau (sillet commun) ;
         – celles du 4′ se trouvent en-dessous des premières ;
         – celles du 16′ sont positionnées au-dessus des premières.

Ammer utilise l’une ou l’autre des dispositions :
         – cordes du 8′ supérieur et du 16′ sur le même sillet (haut) ;
         – cordes du 8′ inférieur et du 4′ sur le même sillet (bas) ;
ou
         – cordes du 8′ inférieur et du 16′ sur le même sillet (haut) ;
         – cordes du 8′ supérieur et du 4′ sur le même sillet (bas).

Dans le cas présent, les différences de timbre et donc de couleur s’obtiennent par :
         – des jeux de 8′ (unissons) dont les rangs de cordes sont pincés à des endroits distincts ;
         – des jeux dont les rangs de cordes sonnent à des hauteurs de son différentes (16′ et 4′) ;
         – l’alliage des divers jeux entre eux.

Jeu nasal

Afin d’obtenir un timbre de 8′ encore plus différencié, certains facteurs ajoutent une rangée de sautereaux très proche du sillet.
Ils positionnent alors le registre dans une fosse distincte quasi-parallèle au sillet et creusée dans le sommier. Les cordes sont ainsi pincées très près de leur point d’attache, produisant un son brillant et nasal.
Le jeu nasal et le second 8′ possèdent le même rang de cordes, pincé alors à deux endroits différents.
Dans les instruments à deux claviers, il est affecté au clavier supérieur.

Afin de donner plus de volume sonore et de brillance au 8′ supérieur – ou à l’ensemble des jeux –, il peut être utilisé comme renfort.
Jean Françaix, dans L’Insectarium (1957), le note « Renf » comme « renforcé ».
Frank Martin le nomme « jeu fin » dans son Concerto pour clavecin et orchestre (1951-52).

Le jeu nasal peut se rencontrer dans les clavecins de Dolmetsch, Goble, Goff, Herz, Morley, Pleyel, Rutkowski & Robinette et Sidey.

Afin d’obtenir des jeux de 8’ très différenciés, sans pour autant creuser le sommier, les facteurs allemands Neupert et Sperrhake ajoutent un sillet pour la rangée de cordes du 8’ supérieur, qu’ils placent très près de la fosse – et donc des sautereaux de ce même jeu.
La rangée de sautereaux correspondante demeure dans la fosse principale (voir photographie ci-contre).

Le son obtenu est assez proche du nasal mais n’a pas le mordant de ce dernier dans les basses et médium-basses.
Par contre, mélangé au timbre du 8’ inférieur, il rend l’association brillante et fuitée.

Le fait de placer ce sillet très près de la fosse principale rapproche d’autant le sillet du 4’ de cette dernière, conférant à ce jeu une sonorité légèrement nasale.

Consulter « La table d’harmonie », chapitre « Sillet ».

Jeu de luth

Réglette de bois placée à l’arrière du sillet des 8′ coulissant latéralement, sur laquelle sont collés des petits morceaux de cuir tendre ou de feutre dur.
Lorsqu’elle est déplacée – au moyen d’une manette, d’une tirette ou d’une pédale –, les cuirs ou les feutres entrent en contact avec les cordes et les étouffent, imitant alors le son du luth ou de la guitare.
Parfois les morceaux de cuir ou de feutre sont collés sur des petites pièces de bois ou de métal qui sont visées sur la réglette, rendant ainsi ajustable leur position. On rencontre cela notamment chez Neupert et Pleyel (voir photographie de gauche ci-dessous).

Certains facteurs, comme Lindholm ou Wittmayer, collent une bande de feutre sur une réglette de laiton qui étouffe les cordes par-dessus (voir photographie de droite ci-dessous).

Dans les instruments à un clavier, le luth est parfois divisé en deux.
Il consiste alors en deux réglettes de bois ou de laiton agissant dans les parties basse-médium et médium-aiguë du clavier.

Jeu de théorbe

Équivalent du jeu de luth pour les cordes de 16′.
On le trouve essentiellement dans les clavecins allemands et ceux de Barlow, Herz et Sidey.


(1) En France, le pied équivalait à 32.48 cm environ.
(2) La hauteur du son (ou fréquence) produite par une corde est inversement proportionnelle à la longueur de celle-là.

Schémas et photographies : © Jean-Pierre Rubin

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